11 Septembre 2001

Le 11 septembre 2001 était une belle journée ensoleillée, la journée idéale pour aller sauter à 4000m au-dessus de l’océan…

Après une collision avec un autre parachutiste, plus de lumière.

Premier réveil : une ombre penchée sur moi, la voix d’un médecin certainement : « Monsieur, c’est bon, on s’occupe de vous, ça va aller », j’entends le bruit du ciseau qui découpe mon tee-shirt car une thrombose se forme, puis le froid, cette fraîcheur de l’altitude qui rentre par la porte de l’hélico m’amenant aux urgences.

Puis un second réveil, en plein bloc opératoire, voilà ce que j’ai vu.

La douleur de la sonde d’artériographie qui se glisse dans l’aine, la broche qui traverse mon pouce…
J’ouvre les yeux, je vois les écrans en face de moi et je dis au chirurgien : « Si tu continues à me faire mal, je t’en colle une. » Et je me rendors, une giclée de morphine et de sédatif à ce moment-là m’a ramené à la raison 😉

2-3 jours plus tard, j’ai émergé avec la télévision allumée en boucle sur ce qui venait de se passer le même jour, ce 11 septembre à la même heure à New York, ma chute en même temps que celle des twin towers, et puis j’ai senti la main de ma mère dans la mienne et j’ai vu son sourire…

4 mois d’hospitalisation, de douleurs et désillusions avec une seule envie : repartir travailler et avoir une vie en dehors des soins, des médicaments, de la solitude froide, reprendre ma liberté.

S’agissant d’un accident en service, la logistique médicale a suivi sans faille.

Par contre, en termes d’humain, de support psychologique : zéro pointé, le vide intersidéral… ce constat est une mise à jour constante de cet événement de vie, 25 ans plus tard, on parle (enfin) de santé mentale.

Sur le moment et pendant quelques années j’ai cru que j’aurais à nouveau ma place en Gendarmerie mais non.

J’ai toujours été sensible à ce type de parcours médical de militaires blessés en service, et mon cas est un des plus simples et aseptisés par rapport à certains, partis en OPEX sur de vrais terrains de guerre, cloués au lit sans savoir ce que leur vie va être demain, avec des blessures profondes, des séquelles lourdes, un handicap visible, des bouleversements qui touchent leur vie personnelle et familiale.

Je me suis reconstruit en plusieurs chapitres, un puzzle fragile et solide face aux portes qui se sont fermées ou jamais ouvertes.

Je suis atteint d’un petit handicap invisible, les concernés en connaissent la portée.

J’ai divorcé parce que j’étais seul sur ce chemin de résilience, une résilience vécue, pas romancée ou théorique.
J’ai démissionné d’un « confortable » fonctionnariat pour certains, mais d’un métier qui, pour moi, n’avait plus de sens.
Du jour au lendemain, mon statut, mes revenus, mon identité : tout s’est volatilisé.
Ni personne, ni même l’institution, ne m’avait préparé à ça.
J’ai dû tout reconstruire, seul, et sur ce chemin, j’ai procédé par élimination.
Le problème n’est pas de perdre son job, c’est de ne pas savoir qui tu es sans lui, et j’existais, d’où mon choix de faire table rase et d’attaquer un nouveau chapitre de vie.
Celle de l’homme libre.
Pas corporate, pas aveuglé par un uniforme et ses paillettes.
En démissionnant, je ne perdais pas un statut, je devenais enfin cet homme-là.

Le non-diplômé a dû monter en gamme dans son apprentissage solo, ou comment assumer être un autodidacte passionné et acharné.

Dans ma reconversion sans filet, en remise en question permanente et « programmation cognitive », j’ai travaillé dans de belles structures sans piston ni complaisance, et on a pu me faire confiance sans aucun grief, sinon d’être droit et vrai, des valeurs qui ne sont pas si appréciées que ça, paradoxalement.
J’ai entrepris pour créer, partager…

Quand les masques tombent, les egos se fissurent.

Et au hasard d’une lecture, un nouveau déclic est apparu : aider les gens dans la position la plus inconfortable de leur vie a toujours fait partie de mon quotidien et de ma vie, sans jugement, avec une vraie empathie et de la générosité.

Parce que depuis tout petit ma vie n’a pas été simple, et, grâce à l’amour des femmes de ma vie, j’ai toujours pu aller de l’avant et rester sensible aux autres, à la vie…

Parce que mon parcours n’est pas une liste de compétences imaginaires ou inventées, la préparation mentale pour aider les personnes qui n’arrivent pas à donner une vraie définition à la résilience est devenue une évidence.
Travailler dans le sport business est une de ces évidences surtout quand le sport à été mon assurance vie le 11 septembre, Un corps, un outil, un compagnon, une vie…

Si je suis préparateur mental formé en neurosciences, si j’ai un corps presque reconstruit et mon uniforme définitivement dans un carton, c’est parce que 25 ans passés à comprendre ce que résilience veut vraiment dire quand personne ne regarde, ça finit par forger une expertise qu’aucun livre ne donne.

Le 11 septembre 2001, il y avait trop de monde en file d’attente et j’ai été invité à 33 ans à continuer ma vie, les symboles et le vécu ce n’est pas de la fiction 😉

Si votre reconstruction, ou votre déconstruction, a besoin que vous vous retrouviez avant de vous réinventer, et que ce chemin appelle un regard qui a payé le prix du sujet plutôt que lu le livre dessus, on peut en parler.

2 réflexions sur “11 Septembre 2001”

  1. Bel article, un exemple de reconstruction, du vrai, du sincère, du vécu….Force mentale et force de caractère avec des valeurs saines et profondes.

  2. Être cher à part entière à mes yeux, toi Claude, tu as su trouver les mots justes, précis… une écoute attentive, des termes claires et percutants, une lucidité aiguisée, un soutien permanent… Tous ces éléments mis bout à bout ont gagné ma confiance et mon respect le plus profond… Tu es quelqu’un qui connaît, sait… qui a dû vécu, de l’expérience et qui comprend les situations délicates propres à chacun…
    En me donnant les bons outils 🔧, tu m’as appris à mieux maîtriser mon temps, gérer mes émotions, les apprivoiser… en un mot Reprendre ma vie ma main et en tenir les rennes… Tu as su être là, saches que je le suis aussi 😉
    Encore un Très Grand Merciiii à toi 🙏🙏🙏

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